Quand il fait chaud, pas d’impro.

A 35 °C, le travail ne s’improvise pas . Il s’éprouve. Par de telles chaleurs, travailler exige des efforts supplémentaires d’adaptation physiologique à l’environnement. Et cela vaut pour toutes les situations professionnelles, y compris les plus sédentaires. Profitons du coup de massue météorologique qui s’abat sur nos latitudes, pour rappeler quelques principes à connaître pour protéger ses salariés et passons en revue, les responsabilités de chacun.

Transpirer est un mécanisme physiologique qui permet de réguler la température corporelle, pour qu’elle se maintienne autour de 37%C, la température idéale pour que l’organisme puisse continuer à fonctionner correctement.



Si la transpiration fonctionne, le corps « tient » : la transpiration permet de maintenir la température corporelle et le risque immédiat reste limité.

Cependant, cette régulation quasi permanente (surtout lorsque la température ambiante ne descend pas suffisamment bas, durant la nuit) sollicite fortement l’organisme et a un coût physiologique : fatigue, déshydratation et stress physiologique réels.

Sur la prise de médicaments

Certains médicaments (stimulants, diurétiques, antihypertenseurs, psychotropes et même certains antihistaminiques) agissent sur les mécanismes physiologiques de régulation thermique. Soyez-en conscients (lisez vos notices) et confirmez la compréhension de vos risques auprès de votre médecin traitant, ou de votre pharmacien.

Sur les âges de la vie (dans la population active)

La femme enceinte :
La grossesse modifie profondément la thermorégulation. en général, la régulation reste efficace chez une personne en bonne santé, mais le risque devient important surtout en cas de chaleur externe élevée et que la future maman est déshydratée.

Les salariés âgés : lorsqu’on vieillit, la sensation de soif peut être moins présente, on régule moins bien sa température interne et on transpire moins. De plus, le salariés âgés sont souvent ceux qui suivent un traitement médicamenteux.

Type d’air

Conditions de travail

Type de transpiration

Efficacité

Conséquences/risques

Air sec (moins de 60°C)

Travail sédentaire

Faible

Efficace (évaporation rapide)

Régulation thermique assurée

Air sec (moins de 60°C)

Travail contraignant physiquement

Abondante

Efficace (évaporation rapide)

Risque de déshydratation

Air humide (plus de 60°C)

travail sédentaire

Modérée

Peu efficace (évaporation limitée)

Inconfort thermique

Air humide (plus de 60°C)

Travail contraignant physiquement

Abondante

Inefficace (évaporation difficile)

Situation à risque vitale avec risque de surchauffe

Après les fortes chaleurs, l’orage survient souvent et l’air ambiant se charge en humidité.

L’organisme de vos salariés, déjà fatigué/épuisé par le travail de régulation physiologique intense, lié à une exposition prolongée à la chaleur sèche, parfois sans réelle période d’acclimatation, (comme c’est le cas pour la période que nous traversons), se retrouve plongé dans un milieu humide, qui ne lui permet plus de se rafraîchir correctement.

Quand l’orage arrive, ralentir encore l’activité, c’est une bonne idée !

Quand l’air est déjà saturé d’humidité, il n’absorbe plus celle que le corps tente d’évacuer. Les gouttes de sueur chargées en chaleur corporelle, restent sur la peau et la température corporelle ne baisse plus.

Les seuils de température corporelle critiques :

  • 39,5 à 40,5 °C : zone de vigilance
  • ≥ 40,5 °C : urgence médicale potentielle
  • ≥ 41–42 °C : danger vital (hyperthermie sévère)

A partir d’une certaine élévation de température dans le corps, certains éléments essentiels de notre organisme commencent à moins bien fonctionner (enzymes), ou à se déstructurer (forme des protéines), entrainant à terme, la défaillance de certains organes, avec un risque de décès, à la clé.

Si la transpiration devient inefficace, la température corporelle monte et le risque de coup de chaleur apparaît rapidement.

    Les signes qui doivent alerter et la conduite à tenir :


    Les acteurs qui doivent être alertés :

    • Le salarié lui-même, qui doit s’arrêter de travailler et solliciter de l’aide, s’il le peut
    • Les collègues, qui doivent cesser de travailler et alerter très rapidement un SST
    • Le sauveteur secouriste du travail, qui doit immédiatement appliquer la conduite à tenir ci-dessous
    • Le responsable de site, qui doit encadrer l’arrêt temporaire de l’activité, faciliter la prise en charge de la victime, coordonner les actions et déclarer l’AT.

    Les obligations de l’employeur :

    En France, lors de fortes chaleurs, l’employeur a plusieurs obligations au titre du Code du travail (obligation générale de sécurité et de prévention des risques) :

    1. Évaluer les risques liés à la chaleur dans le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUERP).
    2. Mettre en place des mesures de prévention adaptées (organisation, horaires, charge de travail), évaluer l’efficacité de ces actions et ajuster les mesures de prévention selon l’évolution des conditions météorologiques.
    3. Assurer une aération et ventilation suffisantes des locaux de travail.
    4. Mettre à disposition de l’eau potable fraîche, en quantité suffisante.
    5. Adapter les conditions de travail (réduction des efforts physiques, rotations, pauses supplémentaires, modification des horaires de travail).
    6. Proposer le télétravail lorsque c’est possible, mais uniquement si les conditions de travail à domicile présentent un bénéfice pour le salarié.
    7. Protéger les salariés exposés (travail en extérieur : ombrage, zones de repos rafraîchies, EPI adaptés).
    8. Informer et former les salariés sur les risques liés à la chaleur et sur les signes de coup de chaleur.
    9. Surveiller particulièrement les travailleurs vulnérables (salariés nouvellement embauchés, intérimaires, salariés âgés, femmes enceintes).
    10. Mettre en place des dispositifs d’alerte et de secours.
    11. S’informer des conditions météorologiques. Suspendre ou aménager l’activité si les conditions deviennent dangereuses et non maîtrisables.
    12. Utiliser la visite à la demande de l’employeur pour toute situation de santé individuelle qui vous inquiète. Au besoin, solliciter les conseils de votre équipe pluridisciplinaire de santé au travail concernant les conditions de travail de vos équipes.

    La responsabilité des salariés :

    En cas de fortes chaleurs, le salarié a aussi des responsabilités dans le cadre de sa sécurité et de celle des autres :

    1. Le salarié doit prendre soin de sa santé et de sa sécurité (s’alimenter correctement, s’hydrater régulièrement, éviter la consommation d’alcool, y compris en dehors du travail, dormir suffisamment).
    2. Il s’informe sur les effets de son traitement médicamenteux en période de fortes chaleurs et il adapte son comportement. Au besoin, il sollicite une visite à la demande du salarié, auprès du médecin du travail de l’entreprise.
    3. Il garde un oeil sur l’état de santé de ses collègues.
    4. Il respecte les consignes de prévention données par l’employeur et coopère aux mesures d’adaptation mises en place, à visée de protection du collectif de travail (pauses, hydratation, horaires adaptés, réorganisation du travail).
    5. Il est tenu de signaler toute situation dangereuse (absence d’eau, malaise, chaleur excessive).
    6. Il doit utiliser correctement les équipements de protection mis à disposition.
    7. Il évite les comportements qui augmentent les risques de coup de chaleur(efforts inutiles, exposition prolongée au soleil).
    8. Il doit informer sa hiérarchie, en cas de symptômes de coup de chaleur (vertiges, nausées, fatigue).
    9. Il peut exercer son droit d’alerte et de retrait en cas de danger grave et imminent.



    INRS :
    Travail par fortes chaleurs, des ressources pour sensibiliser et agir en prévention
    Brochure « Travail par fortes chaleurs : comment agir »
    Le Monde :
    Canicule et Droit du travail : que dit la loi ?
    Légifrance :
    Code du travail, version en vigueur au 28 mai 2026
    IPAL SPSTI :
    Travail à la chaleur : le nouveau décret qui oblige l’employeur 19/06/2025
    Canicule et fortes chaleurs : prévenez les risques pour la santé, 18/06/2024



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